Publié le 20 juin 2017.

Beaucoup de DSI que je rencontre en Suisse Romande pensent que la transformation digitale ne les concerne pas vraiment. Soit en considérant que les enjeux de la transformation digitale sont incompatibles avec les critères d’évaluation de leur performance (stabilité et sécurité du SI), soit en affirmant que c’est aux métiers, et en particulier au marketing, de porter cette transformation.

Ces avis, bien qu’historiquement fort cohérents, sont aujourd’hui à relire via le prisme d’un nouveau paradigme : la redistribution des cartes des rôles et responsabilités de la DSI.

La DSI orientée service, garante de l’approche pragmatique !

Trop souvent, je rencontre des structures qui animent leur transformation digitale en se rêvant différentes et même … « autres ». Une transformation numérique réussie est celle qui vous permet de devenir ce que vous êtes : votre structure mais en mieux, plus performante, plus accessible, plus orientée service … bref votre structure mais « augmentée ». Et ceci n’est pas inaccessible mais une réalité à portée de main.

Et qui est le plus à même de transformer des idées en produits si ce n’est le DSI et son approche pragmatique ?

La DSI Datacentrique maîtrise la complexité de l’océan de données, pétrole de la transformation digitale.

Chez Business et Décision notre constat est clair : il n’y a pas de transformation digitale sans données, même si celles-ci sont devenues indénombrables, véloces et volatiles.

Les entreprises doivent les maîtriser et les rendre intelligibles. La DSI maîtrise la complexité de l’océan de données, pétrole de la transformation digitale. De plus en plus de SI voient cohabiter un Datawarehouse et une architecture Big Data. De plus en plus de DSI apportent des services qui vont du reporting / dashboarding traditionnel pour l’analyse du passé à la Datascience et sa promesse de prédictif.

Et pourtant il faut être honnête avec nous-mêmes, la transformation digitale a apporté de forts enjeux métiers que la DSI n’a pas su complètement adresser : réactivité, souplesse, orientation service … avec comme conséquence l’apparition de véritables SI parallèles. Ceux-ci se sont mis en place sans que personne n’ait vraiment conscience de l’importance qu’ils prenaient. Et tout ceci avec un comportement complice de la DSI : soit elle fermait les yeux, soit elle affirmait sa non responsabilité.

Le SI parallèle était apparu, et avec lui le silotage de l’information, des processus, voire des équipes.

Cette situation, je la rencontre régulièrement…. Mais j’affirme qu’il n’est pas trop tard. On peut corriger le tir en posant ce paradigme au sein des structures :

La DSI doit être au cœur du réacteur de la transformation digitale : elle doit accroître sa valeur ajoutée pour l’entreprise en étant membre actif de la réflexion stratégique et en se comportant comme un catalyseur de la transformation numérique de l’entreprise.

En d’autres termes, la propre transformation de la DSI comme premier succès de la transformation numérique de l’entreprise.

Comme l’entreprise, la DSI doit se transformer. Non pas devenir « autre » mais « s’augmenter ». Pour cela elle doit garder ses piliers traditionnels : cohérence, intégrité, sécurité, stabilité de l’information, et ajouter une nouvelle façon de travailler pour être Agile : le « test and learn ». Et donc accepter que certains (« petits ») projets n’aboutissent pas, en définissant dès le début un cadre budgétaire et un planning acceptable pour « l’apprentissage » : la conclusion d’un POC est parfois que le concept ne démontre pas son intérêt ou sa viabilité !

La DSI traditionnelle est morte, longue vie à la DSI bimodale!

Je ne parle pas d’un point de vue technologique, la DSI bimodale est avant tout une approche culturelle, pas un dogme technologique. La DSI doit faire cohabiter ces deux manières de travailler pour adresser l’intégralité des sujets auxquels elle est confrontée tout en gardant un système d’information cohérent.

Beaucoup de structures répondent à ces enjeux en créant une nouvelle équipe digitale à côté de la DSI. Bien que cette approche soit efficace à court terme, elle fait apparaître un jour ou l’autre de nouveaux silos dans l’entreprise. Il faudra alors lancer les projets de réconciliation technologique et humaine… C’est pourquoi je préconise le lancement de la transformation de la DSI comme une des premières pierres de l’édifice.

Cet enjeu est fort. Le manager se retrouve face à l’animation de la collaboration de profils différents. Certains nouveaux sont arrivés, ils n’ont pas les même forces et faiblesses que les anciens. Et la DSI qui saura conjuguer ces forces pour avoir une équipe composée de talents divers mais cohérents sera bien plus performante et audacieuse que l’ancienne.

 

La transformation digitale, une démarche globale plus qu’un projet.

L’animation de cette transformation est une démarche transverse à l’entreprise, qui touche trois de ses piliers :

1 – les nouveaux usages et besoins clients,

2 – l’organisation et les processus

3 – et enfin la technologie et les solutions.

Cette animation se fait donc dans le temps. La phase de lancement, celle qui doit garantir la bonne direction et donner la bonne visibilité, est cruciale. Elle doit non seulement délivrer à l’entreprise un plan fédérateur qui met tout le monde en marche mais aussi des quickwins qui matérialisent le mouvement, prouvent que le chemin est le bon (ou pas !) et permettent une nouvelle façon de travailler.

C’est durant cette phase que nous sommes généralement appelés. Sûres du besoin en transformation, les structures ont lancé des projets (Digitalisation d’un processus, refonte du site de marque…) mais l’absence de fil conducteur donne une impression unitaire ou dans le pire des cas génère des tensions internes. La transformation digitale de l’entreprise est une démarche globale qui doit être animée à différentes vitesses : l’équipe dirigeante doit porter l’initiative (approche Top down) mais l’animer transversalement : tous les départements, les fameux silos, sont concernés ! Tous apportent leurs contributions quels que soient leurs niveaux hiérarchiques. La mise en place de ce mode de fonctionnement est généralement le premier frein que nous rencontrons. Nous garantissons le modèle collaboratif comme règle du jeu pour accompagner (et non conduire !) le changement.

C’est ici une conviction forte que nous avons acquis au fil de ces dernières années : la réussite de la transformation digitale passe avant tout par « l’asset » le plus important de l’entreprise : les êtres humains.

Chères DSI, vous venez de trouver votre premier partenaire : le service RH, dont le degré d’implication est un des indicateurs forts que nous monitorons lorsque nous lançons nos missions. Son rôle d’accompagnement des collaborateurs dans cette transformation où les compétences et certains modes de collaboration sont revus est clé. On ne transforme pas les collaborateurs comme on transforme les processus.

De nombreuses structures se retrouvent aujourd’hui confrontées à ces challenges, et en Suisse comme ailleurs, la possibilité de voir apparaître une société numérique à deux vitesses perdure. Celles qui choisissent le bon cap mettent toutes les chances avec elles et feront basculer l’économie romande du bon côté.

Benjamin Protais conseille les entreprises et organisations en stratégie digitale et data sur le marché romand. Depuis près de 20 ans il anime la transformation de grands groupes avec succès, notamment chez Yves Rocher au sein de sa marque Stanhome où il fut DSI pendant 10 ans.

Contact : benjamin.protais@businessdecision.com

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